QuotaClimat a été auditionnée jeudi 26 mars dans le cadre de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, au sujet de l’information scientifique. Cette audition soulève une inquiétude majeure, concernant la volonté de certaines forces politiques de décrédibiliser les ONG et de les exclure du débat public. Inviter des associations à s’exprimer dans ses émissions a valu à l’audiovisuel public d’être accusé de “biais militant” – une attaque infondée qui mine sa rigueur et sa légitimité, alors qu’il reste six fois moins touché par la désinformation climatique que les médias privés. L’audition s’est conclue par une mise en cause directe et infondée de QuotaClimat, reléguant l’objet même de la commission au second plan – une dérive que nous déplorons vivement.
En octobre 2025, le groupe Union des droites pour la République (UDR) a initié la création d’une commission d’enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public ».
C’est dans ce cadre que QuotaClimat a reçu, le mercredi 25 mars 2026, une convocation à comparaître dès le lendemain, lors d’une table ronde consacrée au traitement de l’information scientifique sur les chaînes et antennes de l’audiovisuel public. A peine plus de 24 heures, donc, entre la réception de la convocation et l’audition elle-même.
Eva Morel, secrétaire générale de QuotaClimat, et Jean Sauvignon, directeur de la data, y ont pris part aux côtés de :
- François de Rugy, ancien Président de l’Assemblée nationale, ancien ministre d’État, ancien ministre de la transition écologique et solidaire,
- Agnès Buzyn, ancienne ministre des solidarités et de la santé, fondatrice du think tank Évidences,
- Géraldine Woessner, rédactrice en chef du pôle Environnement pour le journal Le Point,
- François-Marie Bréon, professeur au Collège de France, physicien, climatologue, ancien président de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS).
Le déroulement de cette audition nous alerte à plusieurs égards :
La table ronde était déséquilibrée et le sujet principal a été détourné
Nous déplorons d’emblée le déséquilibre marqué dans la composition de cette table ronde. Hormis QuotaClimat, tous les intervenants ont contesté la rigueur scientifique des contenus du service public et ont pointé un biais en faveur d’opinions prétendument “militantes” et qui, selon ces derniers, relèveraient souvent de la désinformation en matière scientifique. Les contenus réalisés par les journalistes Hugo Clément, Elise Lucet et l’équipe de La Terre au Carré ont été particulièrement ciblés.
QuotaClimat a ainsi dû porter seule la contradiction pour défendre la légitimité du service public. Nous avons notamment souligné que selon les données de l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie :
- FranceInfo TV est six fois moins perméable à la désinformation climatique que CNews, FranceInfo Radio l’est 22 fois moins, et France 24 (France Média Monde) 29 fois moins ;
- France Inter est 30 fois moins perméable à la désinformation que Sud Radio, France Culture l’est 52 fois moins. Nous n’avons recensé aucun cas de mésinformation climatique sur RFI (groupe France Média Monde) sur l’année 2025 ;
- S’il existe des cas de mésinformation climatique dans l’audiovisuel public, 90% d’entre-eux ont été prononcés par des invités. A contrario, pour les médias privés, 23% de ces cas ont été prononcés directement par les journalistes. Ces cas sont en grande majorité détectés sur CNews et Europe 1.
Par ailleurs, nous regrettons qu’une grande partie de cette audition n’ait pas permis d’aborder le sujet pour lequel nous avions été convoqués : le traitement de l’information scientifique dans l’audiovisuel public. Tant les questions posées que les réponses des intervenants sont restées, pour beaucoup, en dehors de ce périmètre.
A titre d’exemple, 14 minutes ont entièrement été dédiées aux émissions d’Hugo Clément, dont le contenu a été vivement contesté par le rapporteur et l’ensemble des intervenants, alors même qu’une audition spécifiquement dédiée à ce sujet a déjà eu lieu le 24 février.
Les ONG, acteurs ayant leur place dans le débat public et démocratique, ont été dénigrées et décrédibilisées
Plusieurs intervenants ont ainsi affirmé que les ONG interrogées dans les médias font preuve d’un manque de rigueur dans le traitement de l’information.
Pourtant, les acteurs de la société civile ont toute leur place dans les médias. Les interroger et rendre visible leur action participe pleinement au débat d’idées en démocratie. Stigmatiser leur parole, à l’inverse, constitue une menace directe pour la liberté d’expression et d’association.
Ce deux poids, deux mesures est d’autant plus frappant qu’à aucun moment les membres de cette commission d’enquête n’ont remis en cause la présence de représentants économiques dans l’espace médiatique. La mise en cause a été réservée, de façon sélective, aux seuls acteurs associatifs, auxquels a été imputée l’entière responsabilité de la place accordée aux sujets environnementaux dans l’audiovisuel public.
La méthodologie des travaux de QuotaClimat a été attaquée avant même qu’elle ne puisse être détaillée
Notre travail en faveur d’une information environnementale suffisante et qualitative a également été décrédibilisé, par tous les intervenants ainsi que par le président et le rapporteur de la commission, alors que nous n’avons pas eu l’occasion de présenter la méthodologie de nos travaux.
La fin de l’audition scrute spécifiquement le travail de QuotaClimat et de ses membres, s’éloignant ainsi radicalement de l’objet de la commission d’enquête – l’audiovisuel public.
Nous tenons donc à répondre aux différentes critiques qui nous ont été adressées, afin d’éclairer les travaux de cette commission :
« Nier l’efficacité de certaines solutions communément admises par la communauté scientifique internationale n’est pas de la désinformation climatique. »
La Commission européenne et la littérature académique s’accordent sur une définition commune :
« La désinformation climatique est la diffusion intentionnelle d’informations fausses ou trompeuses sur le changement climatique et l’action pour le climat. Elle peut prendre de nombreuses formes, allant du déni et des théories du complot aux arguments plus doux et plus insidieux qui cherchent à induire en erreur ».
Cette définition englobe explicitement l’action climatique dans toute sa diversité : solutions de transition écologique, décarbonation du mix énergétique, transformation des secteurs émetteurs.
Nous ne fermons pas la porte au débat sur les modalités d’application de ces solutions, bien au contraire, c’est précisément ce débat, encore trop rare dans les médias, que nous appelons de nos vœux. Mais un tel débat exige une condition préalable : une distinction claire et rigoureuse entre faits établis et opinions.
Or, certaines solutions font aujourd’hui l’objet de critiques fondées sur de fausses informations, ce qui compromet toute discussion honnête sur leur pertinence et leur mise en œuvre.
C’est pourquoi, dans un souci constant de transparence, tous nos travaux sont intégralement sourcés : méthodologie, limites et biais potentiels y sont explicitement détaillés. Nous collaborons avec des partenaires aux expertises complémentaires aux nôtres, et notre travail de fact-checking est confié à des professionnels spécialisés, opérant selon les normes européennes en vigueur en matière de vérification de l’information.
« Des ONG ne devraient pas lancer des “Observatoires” dont les données sont ensuite utilisées pour alimenter le débat public. »
Les ONG sont libres de défendre leur objet social, par le biais d’outils tout à fait respectueux du cadre légal : publication d’études, de données, opérations de communication et d’influence autour de ces données. Insinuer que la publication de telles données porte préjudice à la rigueur scientifique de l’information médiatique est dangereux dans la mesure où cela implique une entrave à la liberté d’exercice des associations en France.
Le déséquilibre est d’autant plus marquant puisqu’une nouvelle fois, cette accusation n’est pas formulée à l’égard des entreprises et des acteurs politiques qui animent de semblables études, observatoires ou décryptages publics des phénomènes qu’ils étudient.
En ce qui QuotaClimat : nous défendons précisément l’institutionnalisation de l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie, ce qui nous permettrait d’assurer la pérennité du dispositif. Il s’agit du deuxième article de la proposition de loi portée par le député socialiste Stéphane Delautrette et cosignée par plus de 90 parlementaires de 8 bords politiques.
« QuotaClimat a un projet politique. »
QuotaClimat possède un objet social : œuvrer à l’amélioration du traitement médiatique des enjeux environnementaux (climat et biodiversité) et de la défense de l’environnement, tant à l’échelle nationale qu’internationale.
Est-ce un projet politique ? Oui, dans la mesure où ce projet implique des évolutions dans la manière dont l’information est produite, dont les médias sont régulés, les politiques publiques fonctionnent en matière d’incitation à une meilleure couverture des enjeux environnementaux. Mais politique ne signifie pas partisan pour autant.
Toute association est politique, dans le sens premier où elle permet d’animer la vie de la cité.
Mais QuotaClimat n’est pas une association partisane. L’association travaille avec une large diversité de représentants politiques de divers bords, d’acteurs publics et privés aux intérêts et convictions différentes. L’association n’est pas non plus dirigée par des individus affiliés à un parti politique.
Il est dès lors paradoxal de reprocher à QuotaClimat une supposée politisation, alors que plusieurs autres personnes auditionnées ont elles-mêmes exercé des responsabilités gouvernementales ou occupé des mandats électifs.
La méthodologie des travaux de QuotaClimat et ses propositions
Nous aurions aimé pouvoir défendre la méthodologie robuste derrière nos études, et les propositions auxquelles nous sommes attachés pour améliorer la rigueur scientifique du débat médiatique.
Ayant été plusieurs fois coupés par le président de la commission, nous les rappelons ci-dessous :
La méthodologie de l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie
QuotaClimat est membre de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie, aux côtés de plusieurs associations et entreprises (Expertises Climat, Data for Good, Plus de Climat dans les Médias, Science Feedback, Eleven strategy, Mediatree et Éclaircies).
L’Observatoire possède une méthodologie publique, élaborée aux côtés d’un comité d’experts, et transparente sur ses biais.
Il est considéré comme un outil pionnier puisqu’il permet, pour la première fois, d’étudier en direct la couverture médiatique des enjeux environnementaux en France. Le gouvernement belge s’en inspire d’ailleurs pour le répliquer.
L’Observatoire s’est étendu, en octobre 2025, à la détection semi-automatisée de la désinformation. Cette détection passe par plusieurs étapes :
- L’identification des séquences médiatiques évoquant les enjeux climatiques
- La pré-détection des séquences à risque de désinformation
- Le fact-checking des séquences pré-détectés, pour vérifier ou non qu’ils s’agissent de propos faux ou infondés, à risque d’induire le public en erreur sur la science du climat et/ou l’action climatique
- La vérification qu’aucune contradiction n’a été émise à l’antenne face aux propos avérés faux ou infondés
- Le regroupement des cas détectés en narratifs, c’est-à-dire grands récits faisant émerger un message commun
L’étape de fact-checking est réalisée par Science Feedback, organisation de fact-checking certifiée par les plus hauts standards de déontologie de la profession (European Fact-Checking Standard Network et International Fact-Checking Network), sur lesquels repose leur crédibilité. Science Feedback est dirigé par l’océanographe diplômé de l’ENS et du MIT Emmanuel Vincent, et composé de de fact-checkers et de journalistes scientifiques. L’organisation pratique également la revue par les pairs, pour s’assurer de la robustesse de leur travail de vérification.
Le regroupement des cas en narratifs a notamment été attaqué, les narratifs n’étant pas considérés comme inexacts ou infondés. Les formulations sont suffisamment larges pour regrouper des verbatims différents mais qui concourent à la même idée. Il convient de rappeler que le caractère faux ou infondé des propos tenus est évalué au cas par cas, par la méthode scientifique exposée ci-dessous, et que ces narratifs viennent ensuite simplifier la lecture.
Par exemple, cette affirmation a été tenue sur Sud Radio le 2 juillet 2025 : « Depuis des années, on a construit des éoliennes en pagaille avec des subventions énormes, parce que ce n’est absolument pas rentable, des subventions qui vont à des dizaines et des dizaines de milliards par an, je crois qu’on est à 50 milliards par an, c’est colossal ! ».
Cette affirmation qui manque de contexte est regroupée au sein du narratif : « Le soutien de l’État aux énergies renouvelables est gigantesque (de l’ordre de dizaine voire centaine de milliards d’euros dans les prochaines décennies) ».
La vérification de ce narratif est consultable sur le site de Science Feedback.
Nos propositions pour un meilleur traitement médiatique des enjeux environnementaux
Sur la base des différentes données produites, QuotaClimat déploie plusieurs actions permettant de faire valoir son objet social : interpellations en ligne, échanges avec les médias et les journalistes, interventions et opérations de sensibilisation, actions de plaidoyer auprès des pouvoirs publics français, européens et internationaux.
Nous défendons notamment :
- La protection des journalistes, contre-pouvoirs démocratiques essentiels
- Une attention médiatique plus importante au sujet de l’environnement (climat, biodiversité, ressources naturelles)
- Une plus grande transversalité dans le traitement médiatique de l’environnement, pour que le sujet irrigue d’autres rubriques concernées : santé, éducation, politique, économie, géopolitique, etc.
- Un investissement suffisant dans le journalisme d’investigation
- Un contradictoire suffisant lors d’interviews de représentants d’intérêts
- Un audiovisuel public fort, en capacité de défendre une information indépendante et intègre
- Le respect des obligations des médias tels que définis par les lois de 1881 (presse écrite) et de 1986 (audiovisuel), et notamment la liberté de communication, l’indépendance, la rigueur et l’honnêteté de l’information, la diversité des points de vue et le pluralisme.
Pour cela, nous portons :
- Les mesures de la proposition de loi visant à garantir le droit d’accès du public aux informations relatives aux enjeux environnementaux et de durabilité
- Une feuille de route française promouvant l’intégrité de l’information sur les enjeux environnementaux, ainsi que dans les pays signataires de la Déclaration mondiale pour l’intégrité de l’information sur les changements climatiques
- Une réglementation européenne audiovisuelle promouvant l’intégrité de l’information sur les enjeux environnementaux, et l’intégrité scientifique.
