C’est l’un des principaux enseignements d’un sondage Cluster17 réalisé pour QuotaClimat. Alors que les vagues de chaleur se multiplient, cette enquête révèle un décalage entre un débat médiatique souvent polarisé autour du « tout clim » et une opinion publique beaucoup plus nuancée.
Les Français reconnaissent à la fois l’utilité et les limites de la climatisation
Les résultats montrent que les Français ne raisonnent pas en termes d’opposition entre santé et environnement. Près de deux Français sur trois (65 %) estiment que la climatisation peut protéger pendant les fortes chaleurs, mais qu’elle consomme beaucoup d’énergie et peut aggraver le réchauffement à l’extérieur des bâtiments. Cette position se retrouve lorsqu’on les interroge sur l’idée selon laquelle développer massivement la climatisation constituerait une solution d’adaptation efficace ne posant pas de véritable problème environnemental. Seulement 29% des personnes interrogées y adhèrent, alors que 54 % rejettent cette affirmation.
Ce résultat est d’autant plus significatif que ce discours a largement circulé dans l’espace médiatique et politique lors des dernières vagues de chaleur. L’initiative Droit à l’Info l’a identifié comme l’un des principaux narratifs de désinformation diffusés entre le 18 et le 30 juin, notamment par des représentants du Rassemblement national. Malgré cette forte exposition, il ne convainc qu’une minorité de la population.
Une perception qui varie selon les générations et les revenus
L’étude met également en évidence plusieurs différences selon les profils. Les plus jeunes apparaissent particulièrement sensibles aux conséquences environnementales de la climatisation : 80 % des 18-34 ans approuvent l’idée qu’elle peut protéger pendant les fortes chaleurs, tout en consommant beaucoup d’énergie et en pouvant aggraver le réchauffement à l’extérieur des bâtiments, contre 58 % des personnes âgées de 65 ans et plus. Un écart est observé entre les deux extrémités de l’échelle des revenus. Les personnes disposant de moins de 1 000 euros de revenus mensuels sont plus nombreuses à considérer que la climatisation protège pendant les fortes chaleurs tout en ayant des conséquences environnementales que celles gagnant plus de 5 000 euros par mois.
Le débat médiatique laisse de côté l’ensemble des autres solutions d’adaptation
Pour QuotaClimat, ces résultats montrent que les Français sont prêts à entendre un débat plus complet sur l’adaptation au changement climatique. Depuis plusieurs étés, l‘Observatoire des médias sur l’écologie constate que les médias parlent davantage des enjeux environnementaux lors d’événements extrêmes comme les vagues de chaleur. Mais les solutions d’adaptation restent souvent réduites à la seule climatisation, comme si elle constituait l’unique réponse possible. Or, adapter la France aux canicules passe aussi par des politiques collectives et de long terme : rénovation thermique des bâtiments, végétalisation des villes, désimperméabilisation des sols, adaptation des écoles, transformation des espaces publics ou encore protection des travailleurs exposés à la chaleur.
”Quand le débat médiatique se résume au « pour ou contre la climatisation » , il occulte les véritables réponses aux canicules et caricature à outrance en enfermant des groupes politiques dans des postures, qui obstrue le débat public de qualité. Les médias ont une responsabilité : informer sur le climat de manière à inclure l’adaptation et s’ériger en rempart face aux stratégies de désinformation. ”
Eva Morel, Secrétaire Générale de QuotaClimat
