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Municipales 2026 : la couverture médiatique des enjeux environnementaux a subi un recul historique

Depuis la création de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (2023), les enjeux environnementaux n’ont jamais été aussi peu présents dans les médias audiovisuels : la couverture à la radio et à la télévision accuse une baisse de 24% par rapport à la moyenne de 2025, atteignant jusqu’à -33% sur les chaînes d’information en continu. La presse écrite résiste davantage à cette tendance, mais subit toutefois un repli de 19%. La presse régionale a davantage fait le lien entre environnement et élections municipales, que la presse nationale. Elle a également permis de braquer les projecteurs sur certaines thématiques comme la végétalisation ou les mobilités durables.

Le périmètre étudié : dans l’audiovisuel : programmes d’information de 10 chaînes tv et 8 radios. Dans la presse écrite : ensemble de la presse quotidienne nationale et 60% de la presse quotidienne régionale en diffusion. Exceptions notables : Ouest France, Dauphiné Libéré (en cours d’intégration).

Le temps d’antenne dédié à l’environnement à son plus bas niveau début 2026

Entre janvier et mars 2026, dans la dernière ligne droite de la campagne des élections municipales, la couverture des enjeux environnementaux n’a cessé de reculer dans l’ensemble des médias, selon les données de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie analysées par QuotaClimat.

Le repli est particulièrement marqué dans l’audiovisuel : la couverture des enjeux environnementaux y recule de 24 % par rapport à la moyenne de 2025, avec une baisse encore plus prononcée sur les chaînes d’information en continu (-33 %). Le pic le plus bas se situe en mars 2026 lorsque les enjeux environnementaux n’ont occupé que 2,8 % du temps d’antenne, une baisse jamais vue depuis 2023.

La tendance se creuse davantage lorsqu’il s’agit de séquences médiatiques traitant explicitement des élections municipales

  • 1,6% de temps d’antenne dédié à l’environnement, versus 2,7% en moyenne sur 2026, pour les chaînes d’info en continu
  • 2,3% de temps d’antenne dédié à l’environnement, versus 4,4% en moyenne sur 2026, pour les chaînes généralistes

De façon générale, les médias audiovisuels qui ont le plus couvert l’environnement entre janvier et mars sont RFI (8,7%), Arte (6%), France Inter (5,8%), France Culture (5,3%) et France 3 Ile-de-France (4,7%). Ceux qui ont le moins couvert le sujet sont M6 (2,4%), BFM TV, CNews et LCI (1,8%).

La presse écrite résiste mieux à cette tendance, sans pour autant y échapper

Dans la presse écrite, la tendance à une baisse générale d’articles consacrés aux enjeux environnementaux se confirme : elle enregistre un recul de 19 % sur la même période par rapport à 2025.

Dans la presse nationale se démarquent depuis le début de 2026 : Le Monde (9%), L’Humanité Dimanche (8,6%), ayant la proportion d’articles environnement la plus importante pendant la période, après les titres de presse économique comme La Tribune (17,7%) et Les Echos (12,4%). Dans la presse régionale : La Provence (6,4%), Nice Matin (5,0%) et Sud-Ouest (5,0%) sont en tête.

La presse régionale est par ailleurs celle qui, dans les articles parlant d’environnement, fait plus le lien avec les élections municipales : Nice-Matin, La Provence et Var-Matin se démarquent sur cette question, suivis de Sud-Ouest et l’Eclair des Pyrénées.

La végétalisation perce et les mobilités durables gagnent en visibilité grâce à la presse régionale

Jamais la presse n’avait autant couvert le sujet de la végétalisation : la part d’articles consacrés à ce sujet a bondi de 140 % par rapport à 2025, le sujet ayant été très peu traité auparavant, surtout dans la presse régionale. Sud-Ouest (241 articles en 2026), Le Progrès (213 articles en 2026) et la Dépêche du Midi (161 articles en 2026) sont les trois titres qui ont le plus parlé du sujet.

Comment expliquer cette visibilité ? La végétalisation s’est imposée comme un sujet écologique consensuel, porté par des candidats de tous bords. Sa présence transpartisane dans les programmes a naturellement conduit les médias à analyser et à comparer les propositions  sous cet angle.

Les mobilités durables (transport en commun, vélo…), enjeu incontournable des élections municipales, ont bénéficié également d’une bonne exposition : les articles consacrés au sujet ont progressé de 17 % par rapport à la moyenne 2025. 

La voiture, en revanche, a généré 11 % d’articles en moins. Un chiffre surprenant au regard de sa présence régulière dans les débats télévisés, souvent abordée sous l’angle des embouteillages, et de plusieurs « Unes » de la presse régionale qui lui ont été consacrées, comme Sud-Ouest le 9 mars (« Quelle place pour la voiture à Bordeaux ? ») ou La Dépêche le 2 mars (« Municipales : quelle place pour la voiture ? »).

L’alimentation illustre quant à elle un paradoxe : malgré le large consensus autour du bio et du local à la cantine défendu aussi bien à gauche qu’à droite, le traitement médiatique de ce thème a reculé de 20 % par rapport à 2025.

Ce recul médiatique représente une occasion manquée

Le GIEC le rappelle : les villes concentrent une part majeure des risques climatiques, avec des conséquences particulièrement lourdes pour les populations les plus vulnérables comme l’illustrent les récentes inondations qui ont frappé plusieurs régions françaises.

Ces enjeux recoupent par ailleurs les premières préoccupations des Français : 63 % des électeurs refusent de voter pour un maire qui ferait marche arrière sur la transition, et 57 % des habitants des quartiers prioritaires regrettent que leur commune soit mal préparée au changement climatique, selon le sondage Ifop réalisé pour le Réseau Action Climat et le Secours Catholique – Caritas France publié mi-janvier. 

La dernière étude de Parlons Climat révèle quant à elle que près de la moitié de la population estime que les responsables politiques n’en font pas assez pour l’écologie.

Les candidats l’ont bien compris : malgré des ambitions hétérogènes, une majorité a intégré les enjeux environnementaux à leur programme, certains thèmes comme la végétalisation ou le bio à la cantine transcendent désormais les clivages partisans.

Le silence relatif des médias sur ces sujets contraste donc avec leur centralité dans les enjeux locaux et avec les attentes exprimées par les citoyens.

« Reléguer l’écologie au second plan du débat médiatique, pendant une élection municipale c’est invisibiliser des choix qui engagent directement la vie des Français – leur santé, leur logement, leur protection face aux catastrophes climatiques… À l’approche de l’élection présidentielle, cette mise à l’écart doit nous alerter : elle prive les citoyens d’un débat éclairé sur des décisions majeures et souvent irréversibles. » Eva Morel, secrétaire générale de QuotaClimat

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