La vague de chaleur de mai 2026 n’a pas seulement battu des records météorologiques. Elle a aussi été le théâtre d’une recrudescence de narratifs de désinformation climatique dans les médias, spécialement dans les chaînes d’information en continu. Décryptage des narratifs climatosceptiques qui ont refait surface.
« La vague de chaleur n’est pas exceptionnelle. »

« C’est pas une chaleur exceptionnelle : il y a des coups de chaud, à 30 °C, comme il y en a régulièrement fin mai ou début juin. Mais vous allez voir la petite musique, sur toutes les antennes, alors qu’il a fait un mois de mai plutôt frileux ».
Pascal Praud dans l’émission l’Heure des pros 2 sur CNews, 21 mai 2026

« J’ai du mal à comprendre l’emballement tout à coup autour des vagues de chaleur qui sont pas encore au-dessus de 40 degrés non plus (…). Dans le Sud de la France, ces températures c’est vraiment quelque chose qui arrive régulièrement, les gens se sont adaptés et s’adaptent depuis très longtemps, et on n’a pas besoin de leur faire des tutoriels pour survivre en cas de forte chaleur. »
Geoffroy Lejeune, journaliste au JDD, émission Punchline sur CNews.
Ces affirmations sont fausses et dangereuses et n’ont fait l’objet d’aucune contradiction en plateau.
- La vague de chaleur est exceptionnelle par sa précocité, son intensité et sa durée. Lundi 25 mai a d’ailleurs été la journée la plus chaude jamais connue en mai avec une température moyenne de 24,6 °C à l’échelle du pays (indicateur thermique).
- Météo France rappelle que “la vague de chaleur la plus précoce avait pour le moment été celle de mi-juin 2022. Il y a donc une précocité de près de trois semaines sur le dernier épisode le plus précoce”.
- Ces affirmations négligent toute prudence ou bons gestes pour se protéger en niant le caractère exceptionnel de cette vague de chaleur.
- Par ailleurs, affirmer que le Sud de la France est habitué et adapté à ces chaleurs est erroné. En effet, la Nouvelle-Aquitaine et la Provence-Alpes-Côte d’Azur sont les deux régions les plus frappées lors de la canicule d’août 2025, avec chacune au moins 90 décès en excès (+7,9 % et +7,7 % respectivement). Ces régions du Sud, supposément « adaptées », sont celles où l’on en meure le plus. Les plans de prévention canicule (numéros verts, ouverture de lieux frais, tutoriels) existent précisément parce qu’ils sauvent des vies.
« Il a toujours fait chaud »
« Les seuls qui ne supportent pas sont les personnes âgées et les enfants, ça je suis d’accord, mais je pense qu’après l’épisode de froid et de pluie vieux que nous avons eu, je pense qu’on ne peut qu’être heureux. Regardez, on a subi 76 et nous sommes encore là, c’est ce que je me dis, arrêtons de faire peur aux gens, de leur dire qu’il fait trop chaud, on a eu des années très chaudes et moi ma maman m’a toujours raconté ça, qu’il faisait très chaud.«
Une auditrice sur « Europe 1 Info » le 27 mai 2026.
L’auditrice défend ainsi que les alertes sur la chaleur constituent une dramatisation injustifiée, en s’appuyant sur des souvenirs familiaux. La journaliste valide partiellement cette affirmation en concédant « il y a eu des périodes où il a fait chaud ». Or, ces affirmations sont inexactes au regard des connaissances scientifiques établies à ce jour.
L’argument « il a toujours fait chaud » appartient par ailleurs aux 12 discours de l’inaction climatique.
- Les preuves scientifiques montrent clairement que les changements climatiques récents sont dus aux émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines.
- Le climat terrestre fluctue naturellement en raison de l’activité volcanique, solaire et des variations de l’orbite terrestre, mais les scientifiques démontrent que les fluctuations naturelles ne peuvent pas expliquer les changements actuels.
Lire le débunk complet de Science Feedback (narratif 11)
La part de l’Homme dans le réchauffement climatique remise en question
« L’Homme, quelle est la part de l’Homme sur ce changement climatique ou ce dérèglement climatique que personne ne peut nier ? Quelle est la part de l’Homme ? »
Pascal Praud, CNews, L’heure des Pros, le 26 mai.

« Vous avez dit personne peut la nier, bah moi je vous dis non. Je vous dis, c’est pas une religion. Mais vous avez beaucoup de scientifiques qui n’ont pas cette opinion. Il ne faut pas jeter l’anathème sur ceux qui réfléchissent un peu autrement. On a l’impression qu’on devient un criminel contre l’existence humaine de dire « peut-être que c’est pas autant prononcé que ça. »
Georges Fenech, Magistrat et ancien député, même émission, même jour.
- Il existe un consensus scientifique démontrant clairement le rôle des émissions de CO2 dues à l’activité humaine dans le réchauffement climatique.
- Affirmer que “beaucoup de scientifiques” n’ont pas cette opinion est erroné. Le mot « consensus » signifie par définition un accord quasi-unanime.
- Précision : questionner longuement, puis corriger brièvement, ne permet pas de remplir l’exigence de maîtrise de l’antenne. Quand bien même Pascal Praud contredit ses propos après avoir questionner durant plusieurs minutes le rôle de l’Homme dans le dérèglement climatique, la correction n’occupe qu’une fraction du temps d’antenne.
- Lire le débunk complet de Science Feedback (narratif 15)
« La climatisation n’a pas d’impact négatif face au changement climatique, c’est une bonne solution d’adaptation. »

« C’est à cause de ces idées, de ces lubies qui ont été injectées dans le débat public, comme quoi les climatiseurs réchauffaient la planète. Tout ça, ce sont des conneries monumentales.«
Julien Odoul, député et porte-parole du Rassemblement National le 28 mai 2026 dans l’émission “Tout est politique” sur France Info.
- Les climatiseurs consomment de l’électricité, ce qui peut augmenter les émissions selon le mix énergétique.
- Ils rejettent de la chaleur à l’extérieur et utilisent parfois des fluides frigorigènes à fort effet de serre. Les modèles récents sont plus efficaces et certains fluides sont moins nocifs, mais dire que l’impact climatique des climatiseurs est une « connerie monumentale » est faux.
- Lire le débunk complet de Science Feedback (narratif 16)
Quelques jours plus tard, le 30 mai, France Info a publié un Vrai/Faux sur le sujet :
Les canicules, un terreau fertile à la désinformation
Les épisodes caniculaires et les feux de forêt sont l’un des quatre principaux moments propices à l’émergence de désinformation climatique que nous avons identifié en 2025 avec Data for Good et Science Feedback. En l’espace d’une seule semaine – celle du 30 juin, marquée par la première canicule estivale -nous avons recensé plus de cas de désinformation que pendant les trois premiers mois de l’année réunis.
La vague de chaleur de mai 2026 n’a pas fait exception. Plusieurs cas de mésinformation climatique ont émergé et en une semaine, nous avons saisi l’Arcom à 5 reprises pour propos climatosceptiques sans contradiction.
Droit à l’Info : la désinformation s’organise, nous aussi !
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, QuotaClimat et Les Surligneurs lancent Droit à l’Info, une initiative inédite pour endiguer au plus tôt les narratifs de désinformation dans le débat public.
Comme ça marche ? Lorsqu’un narratif de désinformation émerge dans les médias et sur les réseaux sociaux nous émettons des alertes notamment via une chaîne Whatsapp. En parallèle, notre centre de ressources met à disposition des réponses fiables de fact-checkers fondées sur les faits et la science pour démêler le vrai du faux.
Pour recevoir les alertes, direction le site de Droit à l’Info !
