Effet boomerang. Depuis quelques jours, les médias relancent le débat sur la voiture et les zones à faibles émissions (ZFE). Plusieurs mesures alimentent cette reprise de l’attention : le malus écologique, la prime pour l’achat d’une voiture électrique, mais aussi les incertitudes autour des ZFE. L’Assemblée nationale a en effet voté leur suppression, mais le Sénat n’a pas encore tranché. Dans l’attente, les villes concernées les maintiennent, voire les renforcent en 2026. Ainsi, la polémique et les narratifs de désinformation refont surface.
Les zones à faibles émissions : un peu de contexte pour apaiser le débat
Une zone à faibles émissions (ZFE) est une zone créée sur tout ou partie du territoire d’une commune, afin de lutter contre la pollution atmosphérique et améliorer la santé de ses habitants.
Leur création date de 2019, avec la Loi d’Orientation des Mobilités. La loi “Climat et Résilience” de 2021 (issue de la Convention Citoyenne pour le Climat) a rendu obligatoire son application aux agglomérations de plus de 150 000 habitants au plus tard le 1er janvier 2025.
Comme pour toute politique publique, un débat sur sa pertinence ou son application est nécessaire. Mais pour un débat sain et démocratique, il est essentiel de partir des faits. Or, ces faits ont été brouillés par de nombreuses fake news alarmistes ou caricaturales propagées par des responsables politiques, ainsi que par certains médias traditionnels.
Ainsi, pour partir sur les bonnes bases, il est essentiel de rappeler notamment que :
- L’objectif des ZFE est de définir un périmètre où la circulation des véhicules les plus polluants est restreinte en cas de dépassement des seuils de pollution de l’air.
- C’est lorsque les seuils sont dépassés, que les restrictions de circulation pour les véhicules Crit’Air 3 (les plus polluants), doivent être mises en place. Cela concerne près de 650 000 véhicules en France (et non pas des millions).
- Seules deux villes sont obligées de les mettre en place, car elles dépassent régulièrement les seuils : Paris et Lyon.
- Deux ont décidé volontairement de le faire, du fait de l’évolution de la pollution de l’air : Montpellier et Grenoble.
- Dans les villes où les restrictions de circulation s’imposent, les élus peuvent mettre en place des mesures d’accompagnement.
Fact checking des fake news les plus récurrentes
Certains narratifs de désinformation que nous avons identifiés en 2025 avec Data for Good et Science Feedback à la télévision et à la radio ont à nouveau le vent en poupe en ce début d’année 2026. Nous les décryptons ensemble :
- “Les ZFE ne produisent aucun effet écologique notable”. C’est inexact.
Des études réalisées dans des villes comme Lisbonne, Londres et Madrid ont montré qu’une ZFE réduisait les niveaux d’oxyde nitreux et de particules fines (PM) dans ces villes, deux polluants atmosphériques courants.
Le résultat ? Des améliorations clairement observées en matière de santé, telles que la réduction des cas de maladies respiratoires à Londres et une meilleure santé cardiovasculaire dans les villes allemandes dotées de ZFE.
- “Les voitures thermiques ne sont pas un problème pour l’environnement, en particulier si elles sont alimentées à l’éthanol, au diesel, ou si elles sont récentes.” C’est trompeur.
Bien que les émissions des voitures thermiques ont diminué au fil du temps, tant en termes d’émissions de CO2 que d’autres polluants atmosphériques, elles restent généralement plus élevées que celles des voitures électriques.
Les voitures diesel n’ont pas connu les mêmes baisses, et les nouveaux modèles ont désormais des émissions plus élevées que les voitures à essence comparables. L’éthanol est moins polluant que l’essence ou le diesel, mais de nombreux scientifiques s’inquiètent de l’usage des terres agricoles pour la production d’éthanol (à partir de cultures maraîchères), ce qui rend ce carburant problématique pour l’environnement et pour la souveraineté alimentaire de certains pays.
- “Les voitures électriques polluent plus que les voitures thermiques ou hybrides.” C’est inexact.
Tout au long de sa durée de vie, un véhicule à essence est presque toujours responsable de plus d’émissions de gaz à effet de serre qu’un véhicule électrique comparable. Bien que les batteries des véhicules électriques contiennent des métaux sensibles sur le plan écologique, comme le lithium et le nickel, les experts estiment que leur impact n’est pas supérieur à celui du pétrole nécessaire pour alimenter un véhicule à combustion
- “Si la pollution de l’air a diminué dans les villes, c’est essentiellement grâce aux améliorations techniques des moteurs thermiques”. C’est trompeur.
La modernisation du parc automobile y a certes contribué, mais ce n’est pas la principale raison. À Paris, par exemple, selon une étude d’Airparif, c’est surtout la réduction d’autres sources de pollution hors trafic, comme le chauffage domestique ou l’industrie, qui a permis de faire baisser l’exposition de la population aux particules fines. La réduction du trafic routier a permis à elle seule de réduire 74 % des émissions de CO2 à Paris. La modernisation du parc roulant y a contribué qu’à 26 %.
