QuotaClimat

À Vilnius, la lutte contre la désinformation mise sous pression par Washington

Les 7 et 8 octobre, QuotaClimat a participé à #Disinfo2026, le rendez-vous annuel de la communauté européenne de lutte contre la désinformation à Vilnius, en Lituanie. Deux jours avant son ouverture, trois soutiens institutionnels se sont retirés. Le motif : la diplomatie américaine n’acceptait pas que deux débats du programme examinent le rôle des États-Unis dans la manipulation de l’information. 

Une conférence sous pression

Organisée par l’ONG européenne EU DisinfoLab, la conférence a réuni environ 650 chercheurs, journalistes, ONG et responsables publics pendant deux jours de conférence. Les sujets des échanges étaient :

  • Ingérences étrangères et ingérences nationales : États-Unis, Israël, Iran, Chine.
  • L’économie de l’engagement artificiel : fermes à bots, avatars, marchés de fausses interactions et monétisation.
  • L’économie de l’attention : rôle de la publicité dans la diffusion de la désinformation.
  • Les indicateurs de suivi et d’application (enforcement metrics) : développer des indicateurs communs pour suivre la désinformation et mieux la contrer, par exemple avec le Disinformation Premium de Science Feedback.
  • L’application du règlement sur les services numériques (Digital Services Art – DSA) : assurer son application effective et renforcer les mécanismes de contrôle.
  • Les fragilités démocratiques et les élections sous influence : comprendre les menaces qui pèsent sur les processus électoraux.

Au cœur de la controverse : deux tables rondes qui identifiaient les États-Unis comme une source d’ingérences et de désinformation. Le département d’État états-unien a dénoncé ce cadrage, estimant que ce type de qualification sape des objectifs stratégiques communs et devrait alarmer les personnes impliquées.

Selon plusieurs médias dont Le Monde, les Etats-Unis ont alors fait pression sur le Canada et des alliés européens pour qu’ils retirent leur soutien à la conférence.

Le ministère lituanien des Affaires étrangères, le service de diplomatie canadien, Affaires mondiales Canada et le Service européen pour l’action extérieure ont disparu de la liste des soutiens quelques jours avant l’ouverture.

Selon des documents internes du département d’État consultés par The Guardian, des responsables américains ont remercié la Lituanie d’avoir pris au sérieux les préoccupations des États-Unis.

. 

Article de France 24

Sur place, des bandes adhésives masquaient leurs logos sur les bannières et les documents imprimés. La France est restée le seul soutien principal de l’événement.

Tous les intervenants ont par ailleurs été interpellés par Michael Shellenberger, essayiste américain critique des politiques de lutte contre la désinformation, qui les a interrogés sur leurs travaux et leurs éventuels échanges avec les autorités américaines.

L’Europe face à ses contradictions

Cette affaire révèle une contradiction majeure. Fin 2025, l’Union européenne annonçait un « bouclier européen de la démocratie » destiné à lutter contre la désinformation et les ingérences étrangères, notamment en soutenant les organisations de la société civile.

« Cet épisode montre les limites de cette annonce : se protéger des ingérences suppose de pouvoir les nommer, toutes. L'Europe doit passer aux actes. »

Eva Morel

Secrétaire générale de QuotaClimat

Notre panel “Climate disinformation: pushing enforcement in the DSA’s blind spot” était le seul à avoir une approche thématique de la désinformation, et le seul consacré au climat

Ce constat dit beaucoup. La communauté européenne de lutte contre la désinformation s’est construite autour des ingérences étrangères et des menaces électorales. Le climat y reste périphérique, alors que les contenus trompeurs sur la science, les solutions et les politiques climatiques freinent directement l’action publique. Tant que le sujet reste absent de ces espaces, il reste aussi absent des priorités des régulateurs et des plateformes.