QuotaClimat | Communiqué de presse

Inédit : l’Arcom épingle Sud Radio pour désinformation sur les ZFE, après une saisine de QuotaClimat

En cause, une séquence de Sud Radio diffusée le 7 avril dernier dans l’émission “La France dans tous ses états”. Les propos du député UDR Éric Michoux sur les ZFE, diffusés sans contradiction, constituent selon le régulateur un manquement à la rigueur et à l’honnêteté de l’information, donnant ainsi raison à la saisine de QuotaClimat. La chaîne est appelée à veiller au respect de ses obligations. C’est la première fois qu’une telle intervention porte sur un propos de désinformation concernant une politique publique environnementale.

Cette décision constitue une avancée majeure dans la prise en compte de ce que les chercheurs appellent le « nouveau déni » climatique qui ne conteste plus directement la réalité du réchauffement ni son origine anthropique (ancien déni), mais qui sape ou retarde l’action climatique en mettant en doute la faisabilité, l’efficacité, la légitimité ou les conséquences socio-économiques des mesures d’atténuation et d’adaptation.

Ce phénomène prend une place croissante dans les médias français : en 2025, l’Observatoire des Médias sur l’Écologie, consortium dont fait partie QuotaClimat, a identifié 665 cas de mésinformation climatique dans les médias français. Parmi eux, 90 % concernaient les solutions de la transition écologique.

Depuis sa création, QuotaClimat a effectué 49 saisines auprès de l’Arcom (dont 8 sur Sud Radio) et en a obtenu gain de cause dans 9 d’entre elles. Jusque-là, elles concernaient toutes des formes d’ancien déni.

« Cette décision inédite constitue une grande avancée pour l’intégrité de l’information environnementale. Que l’Arcom reconnaisse que les obligations de rigueur et d’honnêteté de l’information s'appliquent aussi aux solutions de la transition écologique est d’autant plus essentiel à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, alors que ces questions devraient occuper une place importante dans le débat public. Les citoyens doivent plus que jamais pouvoir s’appuyer sur une information rigoureuse pour se forger leur propre opinion. »

Eva Morel

secrétaire générale de QuotaClimat

Fausses informations diffusées sans contradiction : quatrième intervention de l’Arcom à l’encontre de Sud Radio

Le 7 avril dernier, Éric Michoux, député de Saône-et-Loire (UDR), était invité dans l’émission La France dans tous ses états à s’exprimer sur les ZFE. Le sujet était alors en discussion à l’Assemblée nationale dans le cadre de la proposition de loi de simplification économique. 

Le présentateur lui demande : “c’est une démarche politique, une démarche idéologique ?” Dans sa réponse, le député remet en question la pollution provenant du gasoil, ainsi que la véracité du chiffre publié par Santé Publique France par rapport aux victimes liées à la pollution de l’air. Il attribue également la pollution liée à l’envoi de voitures thermiques en Afrique au passage au véhicule électrique :

“C’est une démarche idéologique évidemment, ça a été traité à l’Assemblée Nationale, on est devant un déni de démocratie (…). On se pose la question au fond pourquoi on ré-instaure ces ZFE ? Remarquez la pollution il y en aura moins puisqu’on ne pourra plus se déplacer à cause du prix du gasoil (…), si tant est qu’il y a des pollutions au carbure avec le gasoil. On se demande pourquoi l’état ré-instaure ce sujet-là. Mais je pense qu’ils sont en train de réinstaller tout le discours sur l’électrique. On ne baisse pas le prix du gasoil. On explique “si le gasoil est cher, passez à l’électrique”. On installe à nouveau les ZFE en disant “si vous voulez arrêter de polluer et de tuer”, parce que c’est carrément incroyable, on entendait le chiffre de quarante mille personnes tous les ans tuées, quarante mille personnes, mais on en sait rien d’ailleurs si c’est en quinze jours, un an, en deux ans, en trois ans, quarante mille, c’est quarante mille. Donc on est en train de culpabiliser tout le monde en disant vous voyez, il faut aller vers l’électrique, vous n’avez pas d’autres choix que d’aller vers l’électrique. Mais quand on regarde la pollution, quand on la globalise sur la planète, toutes les voitures thermiques que nous sommes en train de retirer en France, on va les envoyer où les 200 000 voitures tous les ans ? Elles vont en Afrique du Nord ou dans les pays de l’Est. Donc continuer à polluer là-bas.”

Plusieurs affirmations de cette séquence vont à l’encontre de l’état des connaissances scientifiques actuel.

  • Le diesel pollue. C’est un fait établi par la science à l’échelle internationale, validé par l’Organisation mondiale de la santé, Santé publique France et des milliers d’études.
  • Les 40 000 décès liés à la pollution de l’air correspondent à une estimation annuelle. Le rapport de Santé publique France publié en 2021 indique explicitement que 40 000 décès sont attribuables chaque année aux particules fines, sur la période de référence 2016-2019. Il s’agit d’une moyenne annuelle, précisée dans le titre du rapport et dans chacune de ses conclusions.
  • L’exportation de véhicules polluants vers l’Afrique existe, mais le phénomène est massivement surestimé en volume et attribué à tort à la transition vers le véhicule électrique. En France, environ 1,2 million de véhicules partent chaque année à la casse, contre 11 503 exportés vers l’Afrique selon les douanes, soit un rapport de 1 à 100. Le retrait de voitures thermiques de la circulation en France ne provoque pas directement leur exportation vers l’Afrique : la grande majorité des vieux véhicules thermiques sont recyclés. Ce commerce de véhicules d’occasion vers l’Afrique existe par ailleurs depuis des décennies, bien avant la transition électrique.

À ce jour, l’Arcom est intervenue à quatre reprises à l’encontre de Sud Radio pour des manquements à la rigueur et à l’honnêteté de l’information, à la suite de saisines de QuotaClimat. Consulter nos saisines