QuotaClimat

Désinformation climatique : analyse dans les médias français, espagnols, polonais et brésiliens

climate disinformation in europe and brazil

21 avril 2026 – QuotaClimat, Science Feedback et Data For Good publient un nouveau rapport sur l’état de la désinformation climatique à la télévision et à la radio dans quatre pays – la France, l’Espagne, la Pologne et le Brésil – couvrant au total 44 médias. Parmi les 815 cas de mésinformation climatique identifiés, 85 % ont été détectés dans des médias privés. La désinformation ne se limite plus au déni de la science, mais s’attaque frontalement à l’action climatique en instrumentalisant les coûts associés. En Europe, les énergies renouvelables figurent parmi les thèmes les plus ciblés.

Ce rapport est produit dans le cadre d’une collaboration entre QuotaClimat, Science Feedback et Data for Good visant à détecter de manière semi-automatisée la désinformation climatique dans les médias audiovisuels. La méthodologie et l’analyse des données a été réalisée en collaboration avec des organisations de fact-checking spécialistes du contexte national étudié : Lupa (Brésil), Maldita (Espagne), Science Feedback (France) et Demagog (Pologne). En France, les résultats sont disponibles sur l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie.

Une exposition inégale selon les pays et fortement concentrée dans certains médias

L’analyse de 7 chaînes brésiliennes, 6 chaînes espagnoles, 18 chaînes françaises et 13 chaînes polonaises révèle une exposition à la désinformation climatique très contrastée selon les pays : 665 cas de mésinformation climatique ont été détectés en France, 54 en Pologne, 76 au Brésil et 20 en Espagne. 85 % des cas sont détectés au sein de médias privés.

L’exposition nationale à la désinformation climatique est par ailleurs fortement tirée à la hausse par un nombre limité de chaînes : 

  • 14 médias diffusent plus d’un cas de désinformation toutes les deux heures de temps d’antenne consacrés aux enjeux environnementaux : Sud Radio, Jovem Pan, Cuatro News, CNEWS, TV Trwa, Europe 1, TV Brazil, wPolsce24, RMC, Band, TV Republika, Radio Maryj, Telecinco NEWS et LCI.
  • 5 des 14 médias concernés sont français, 4 sont polonais, 3 sont brésiliens, et 2 sont espagnols.
  • En France et en Pologne, les chaînes d’information en continue apparaissent comme les plus poreuses à la désinformation que les chaînes généralistes. 

Le rapport montre aussi que, de manière générale, plus les médias traitent des sujets liés au climat, moins ils diffusent de cas de mésinformation. Trois médias font exception : SudRadio, TV Brasil et Trwa qui sont particulièrement exposés à la désinformation tout en couvrant de manière relativement importante la thématique.

La désinformation climatique survient lors de moments politiques stratégiques ou des événements climatiques extrêmes

Entre janvier 2025 et mars 2026, quatre moments propices à la désinformation climatique ont été identifiés : 

  • les débats sur les politiques publiques environnementales, comme les débats sur les zones à faibles émissions ou la programmation pluriannuelle de l’énergie en France, la publication de la nouvelle feuille de route énergétique nationale en Pologne ou l’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation au Brésil.
  • les grands rendez-vous internationaux et européens, comme le sommet du Triangle de Weimar en Pologne.
  • les événements climatiques extrêmes, comme la canicule en France ou les feux de forêts en Espagne.
  • les déclarations de personnalités influentes, notamment le discours de Donald Trump aux Nations Unies.
pics de désinformation climatique dans les médias audiovisuels

Les énergies renouvelables au cœur des narratifs de désinformation en Europe

Ces narratifs s’articulent autour de quatre registres principaux :

  • la souveraineté : les énergies renouvelables sont dépeintes comme une intrusion extérieure dictée par des centres de décision urbains ou étrangers ;
  • l’opposition à l’Union européenne, souvent dépeinte comme le « cerveau » d’une transition punitive, imposant des normes déconnectées des réalités du terrain ;
  • le déclin industriel et social : les énergies renouvelables sont associées à la disparition de l’industrie traditionnelle (charbon, nucléaire, automobile thermique) et à l’augmentation des prix de l’énergie ;
  • le sentiment anti-élites : l’éolienne est utilisée comme totem d’une élite « hors sol » qui impose ses valeurs esthétiques et morales.

En France, plus de la moitié des cas détectés concernent les énergies renouvelables. La plupart des cas consistent à dire que les énergies renouvelables font exploser le prix de l’électricité, ce qui est trompeur ou encore qu’elles sont inefficaces en raison de leur intermittence, ce qui est infondé.

En Pologne, les pics de désinformation coïncident avec les grands rendez-vous européens et mobilisent davantage les discours de déclin industriel et social et le sentiment anti-Union européenne que dans les autres pays analysés.

En Espagne, la désinformation climatique demeure limitée dans les médias analysés. Cela s’explique notamment par un nombre restreint de chaînes d’information en continu et la présence régulière d’experts dans les débats environnementaux. Le rapport souligne toutefois une porosité médiatique à la théorie complotiste des « chemtrails », en rupture avec les autres pays étudiés. Les feux de forêts de l’été 2025 ont également entraîné des cas de mésinformation niant le lien entre réchauffement climatique et incendies ou accusant les énergies renouvelables d’en être à l’origine.

Au Brésil, la désinformation climatique est fréquemment associée aux discours pro-agrobusiness, valorisant l’agriculture et l’élevage nationaux. Le déni du changement climatique et de son origine humaine y occupe également une place médiatique plus importante que dans les autres contextes étudiés.

Quatre recommandations pour renforcer l’intégrité de l’information

Cette analyse révèle une fragilisation des médias face à des narratifs de désinformation, au risque d’en amplifier l’impact sur le débat public.

Pour renforcer l’intégrité de l’information climatique au sein des médias traditionnels, quatre grandes recommandations sont formulées :

  1. La formation des journalistes aux nouveaux récits de l’obstruction ; 
  2. Une composition plus vigilante des plateaux télévisés pour faire honneur à l’expertise ; 
  3. Une couverture quotidienne et régulière des enjeux environnementaux ; 
  4. L’émergence d’un cadre de redevabilité pour les diffuseurs de désinformation.

Périmètre de l’étude

Le périmètre analysé se concentre sur les programmes d’information des chaînes suivantes : 

  • Espagne : RTVE La 1, RTVE 24h, Antena 3, Cuatro News, Telecinco News, La Sexta News
  • France : TF1, France 2, France 3 Ile de France, M6, France 24, France Info TV, CNews, LCI, BFMTV, Arte, RMC, RTL, France Inter, France Culture, France Info Radio, RFI, SudRadio
  • Pologne : Fokus TV, Polsat, Polskie Radio, Radio Maryj, Radio Zet, TOKFM, TVN, TVP, TV Plus, TV Republika, TVS, TV Trwa, wPolsce24
  • Brésil : Band, CNN Brasil, Jovem Pan, SBT, TV Brasil, TV Globo, TV Record

Les périodes analysées par pays sont les suivantes : 

  • Mars – Décembre 2025 au Brésil
  • Août – Décembre 2025 en Espagne
  • Janvier – Décembre 2025 en France
  • Janvier – Mars 2026 en Pologne

A consulter aussi :

NOS AUTRES ACTUALITÉS