Le 25 octobre 2026, Lula a été réélu président du Brésil, avec une abstention au plus bas depuis 2006. Une partie de cette remobilisation est attribuée à « Exército do Lula », un canal WhatsApp animé par André Janones et suivi par près de 11 millions de personnes à la veille du second tour.

Répondre vite, sans faire de publicité au mensonge
En France, une partie du débat recommande de ne plus répondre à l’extrême droite : ne pas la citer, ne pas lui laisser l’agenda. Le silence a pourtant une limite. Un propos faux tenu à l’antenne ou viral sur les réseaux a déjà son audience, que l’on y réponde ou non.
La recherche donne des repères pour y répondre sans pour autant l’amplifier : la correction réduit la croyance dans une information fausse (Walter & Murphy, 2018). Sur les réseaux sociaux, elle est plus efficace quand elle intervient vite, dans les 48 heures suivant la détection (Cagé et al., 2025). Mais un énoncé répété paraît plus vrai, même si l’effet inverse redouté, où la correction renforcerait la croyance, n’est pas avéré (Wood & Porter, 2019). D’où une règle pratique tirée du Debunking Handbook (2020) : citer le faux une seule fois, jamais en titre, encadré par les faits.
Cependant, démentir chaque affirmation isolément ne suffit pas. Un narratif de désinformation rassemble plusieurs affirmations sous un même cadre explicatif (Suau Martínez & Juarez Miro, 2024) et c’est sa cohérence interne qu’il faut attaquer. Sur le climat, ce cadre s’est déplacé du déni vers les solutions : on ne nie plus le réchauffement, on présente par exemple la climatisation comme la réponse.
Reste l’asymétrie décrite par la « loi de Brandolini » : réfuter coûte plus cher que mentir. Pour la compenser, Droit à l’Info, initiative créée par QuotaClimat et les Surligneurs, applique notamment l’effet de mutualisation : une réponse préparée une fois est reprise par plusieurs partenaires et peut servir contre plusieurs narratifs voisins. On peut aussi agir en amont. Des chercheurs ont montré que de courtes vidéos expliquant les techniques de manipulation aident le public à mieux les repérer ensuite, même diffusées à grande échelle. (Roozenbeek et al., 2022, Science Advances)
Il faut aussi éviter l’effet Streisand, qui donne de la visibilité à un contenu en le dénonçant trop tôt.
Droit à l’Info est une initiative créée par QuotaClimat et les Surligneurs portée avec Data For Good et En Plateau.
L’objectif : endiguer au plus tôt la désinformation en vue des élections présidentielles.
Le dispositif est axé sur trois étapes pour réagir en 48h :
👉 Détecter les récits de désinformation,
👉 Vérifier les faits avec des scientifiques,
👉 Alerter rapidement les citoyens et les relais d’information.
En France, la bataille des indécis se joue aussi à la télévision
Le janonisme contourne les médias traditionnels. En France, ce serait se priver du principal canal d’information : 57 % des personnes citent la télévision comme première source, et l’audiovisuel public comme la presse régionale conservent les niveaux de confiance les plus élevés. Le rapport aux médias reste paradoxal : 61 % des Français s’en méfient, mais 65 % font confiance aux journaux télévisés pour les informer (Baromètre La Croix-Verian, 2026).
Disqualifier les médias traditionnels reviendrait à saboter le canal qui permet d’atteindre les publics hésitants.
Ces plateaux sont aussi un lieu de circulation de la désinformation. L’Observatoire des Médias sur l’Écologie a recensé 452 cas de mésinformation climatique entre janvier et juillet 2026. Un propos non contredit à l’antenne garde tout son effet persuasif. À l’inverse, l’usage politique des messageries reste plus limité en France qu’au Brésil.
Sans juge électoral puissant, la société civile en première ligne
Au Brésil, le Tribunal supérieur électoral (TSE) a ordonné à Meta de prouver en 24 heures que son traitement des candidats était égalitaire, sous astreinte de 200 000 dollars par jour de retard. Un juge du TSE a souligné le problème de fond : l’entreprise contrôle seule la distribution des contenus, les registres et la publicité, elle est donc à la fois mise en cause et seule détentrice des preuves.
En France, les règles existent, mais leur application est trop lente pour dissuader ceux qui les contournent. L’Arcom régule à la fois l’audiovisuel et, pour les plateformes, le règlement européen sur les services numériques (DSA). Il lui a fallu 15 mois pour mettre en demeure CNews sur le respect du pluralisme, après un rapport de RSF. QuotaClimat a saisi l’Arcom 18 fois pour des cas de mésinformation climatique (voir nos saisines) : en deux ans, une seule saisine a abouti à une sanction financière.
Quand la sanction arrive des mois après la diffusion, elle ne protège pas le débat au moment où il se joue. La réponse rapide repose donc largement sur la société civile.
Le janonisme a été construit en trois semaines, après un premier tour décevant. La France a plusieurs mois pour ancrer ces pratiques avant 2027 et s’organiser face aux pics de désinformation. Avec l’initiative Droit à l’Info, QuotaClimat vise à y contribuer pleinement.
