QuotaClimat

La désinformation climatique : un risque systémique pour l’intégrité de l’information dans les médias allemands

Ce rapport est produit par les ONG QuotaClimat, Science Feedback et Data For Good, dans le cadre d’une collaboration visant à détecter de manière semi-automatique les fausses informations sur le climat dans les médias audiovisuels, grâce à une pré-détection algorithmique suivie d’une validation manuelle. L’ambition du projet est de produire des données fiables, de référence et en open source sur la présence de fausses informations dans les médias d’information des pays étudiés. La méthodologie est conçue pour être reproductible, en collaboration avec des organismes de vérification des faits spécialisés dans le contexte national étudié. Dans ce rapport, l’exactitude des données a été vérifiée par Klimafakten. Cette analyse se concentre uniquement sur la désinformation et la mésinformation concernant la science du climat et l’action climatique, et ne couvre pas toutes les questions environnementales, notamment les crises liées à la biodiversité ou aux ressources naturelles. 

Couverture médiatique du climat

L’analyse fait apparaître une tendance à la hausse de la couverture climatique au cours de l’année : d’avril à décembre 2025, celle-ci s’est située en moyenne entre 2,5 % et 5 %, tandis qu’à partir de janvier 2026, elle a atteint une fourchette comprise entre 5 % et 7,5 % – hors pics.

Une couverture ponctuelle des informations liées au climat, avec cinq pics identifiés (début novembre 2025 ; mi-décembre 2025 ; début janvier 2026 ; début mars 2026 ; et mi-avril 2026).

La diffusion des informations liées au climat en Allemagne semble dépendre de l’actualité, même si elle ne correspond pas à la diffusion de la désinformation climatique.

Distribution des cas de mésinformation climatique

Au cours de la période analysée – d’avril 2025 à avril 2026 –, 47 cas de désinformation n’ayant pas été contestés ont été recensés sur les six chaînes de télévision allemandes.

On distingue quatre périodes distinctes au cours desquelles des cas de désinformation non contestés se sont produits :

  • les deux dernières semaines de mai et les deux premières semaines de juin 2025, à la suite des élections fédérales et de l’accord de coalition ;
  • les deux premières semaines de juillet 2025, pendant la première vague de chaleur de grande ampleur de l’année en Allemagne ;
  • la première semaine d’octobre 2025, dans le cadre des négociations sur le budget fédéral et de la publication du rapport de suivi sur la transition énergétique par le ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie (connu en allemand sous le nom de « Monitoring-Bericht », « Die Energie der Zukunft ») ;
  • En mars et avril 2026, à la suite de l’adoption du Programme d’action pour le climat 2026 (Klimaschutzprogramm 2026) de l’Allemagne.

La plupart des cas portent sur la question énergétique, et plus précisément sur la fiabilité économique et technique de la transition énergétique – ainsi que de la politique climatique dans son ensemble. Les autres cas concernent le rejet de responsabilité et le déni de la science climatique.

Distribution des locuteurs

La répartition des intervenants est la suivante :

  • Les responsables politiques représentent plus d’un tiers des cas recensés (39,5 %) ;
  • Les journalistes et les commentateurs représentent plus de 30 % de l’ensemble des cas ;
  • Les invités représentent 30,2 % des cas.

En résumé, les intervenants extérieurs restent les principaux vecteurs de désinformation, les responsables politiques et les invités étant à l’origine de 70 % des cas de désinformation. Les journalistes et les commentateurs occupent toutefois une place importante, représentant près de 30 % des cas recensés, répartis à parts égales entre les médias publics et privés.

Sat.1 et ZDF apparaissent comme les chaînes les plus exposées à la désinformation climatique. Il est important de le souligner, précisément parce qu’elles représentent des cas différents au sein du paysage audiovisuel allemand : l’une est une chaîne privée commerciale, l’autre le premier diffuseur public du pays. Leur vulnérabilité commune reflète deux mécanismes distincts par lesquels des affirmations trompeuses sur le climat parviennent à atteindre le grand public aux heures de grande écoute.

Les médias privés (RTL, Sat.1, ProSieben) comme les chaînes publiques (ZDF, Das Erste) sont tout autant exposés aux cas de désinformation climatique, contrairement à d’autres pays européens tels que la France.

Quatre recommandations pour renforcer l’intégrité de l’information

Parmi les recommandations :

  1. Pratiques médiatiques : pour améliorer la couverture médiatique des questions climatiques, il faut mettre en place des formations ciblées pour les journalistes, veiller à une composition plus équilibrée des tables rondes avec des mécanismes de vérification des faits en direct, et renforcer les normes éditoriales applicables au journalisme environnemental ;
  2. Contrôle indépendant : un cadre de contrôle solide devrait inclure des protections renforcées pour les journalistes grâce à la directive anti-SLAPP. Le suivi systématique des risques liés à la désinformation climatique reste une lacune majeure à combler ;
  3. Financement et viabilité : les subventions publiques accordées à la presse devraient être réorientées vers le soutien aux médias indépendants de qualité afin de garantir la viabilité d’un journalisme climatique fiable.
  4. Renforcer la résilience de la société : des réformes structurelles de grande envergure s’imposent dans plusieurs domaines, notamment un contrôle plus strict des activités de lobbying, une réglementation plus stricte de la publicité, des initiatives en faveur de l’éducation aux médias et une surveillance plus efficace des grandes plateformes technologiques, dont les systèmes algorithmiques influencent considérablement l’accès du public aux informations sur le climat

Périmètre et limites

L’analyse porte sur une période d’un an, allant d’avril 2025 à avril 2026. Six chaînes de télévision allemandes ont été analysées entre avril 2025 et avril 2026 : Sat.1, ZDF, ProSieben, RTL, Das Erste et Kabel Eins. Le périmètre ne comprend pas les chaînes d’information allemandes diffusant 24 heures sur 24 (telles que Welt, n-tv et Tagesschau24).

À des fins méthodologiques, les journalistes et les commentateurs ont été regroupés dans une seule catégorie d’intervenants, même si nous reconnaissons que ces deux fonctions n’impliquent pas le même niveau de responsabilité professionnelle ni les mêmes obligations éthiques ; ce regroupement reflète plutôt la présence plus large des professionnels des médias ainsi que leurs différents degrés d’exposition à la désinformation et leur potentiel de diffusion de celle-ci.

Le champ d’application du présent rapport n’englobe pas la désinformation portant spécifiquement sur la biodiversité.

La collecte des données s’appuie sur un réseau de partenaires, ce qui peut entraîner des pertes mineures dans le processus d’acquisition. La période allant de novembre 2025 à janvier 2026 a connu une perte importante de données (-80 % du flux entrant). Pour cette raison, cette période n’a pas pu être analysée de manière adéquate, et aucun résultat n’est présenté pour celle-ci.