QuotaClimat

Vague de chaleur : comment les médias ont-ils couvert le sujet ?

Quand la température monte, la couverture médiatique s’emballe. Mais volume ne rime pas toujours avec qualité. Le lien avec le réchauffement climatique, ses causes et ses solutions reste trop souvent absent, et comme désormais à chaque événement climatique extrême, la désinformation a trouvé son heure.

Une couverture en surchauffe dans les médias audiovisuels

L’épisode caniculaire de mai 2026 a provoqué un pic d’attention médiatique autour des enjeux environnementaux : 10,7 % du temps d’antenne leur ont été consacrés, contre 4,2 % en moyenne sur l’ensemble de l’année.

Un phénomène désormais récurrent : les canicules d’août et juillet 2025 avaient atteint respectivement 11,79 % et 12,8 % du temps d’antenne.

Un pic de couverture s’est aussi produit dans la presse écrite : 8,9 % des articles ont été consacrés aux crises environnementales dans la semaine du 25 au 31 mai, soit une augmentation de 67 % par rapport à la semaine précédente.

Changement climatique : le service public et la presse écrite nomment, les chaînes privées (hors M6) font l’impasse

Sur le lien entre canicule et réchauffement climatique, le fossé entre médias publics et privés est palpable :

  • Sur France Info TV, 54 % des séquences consacrées à la canicule (de 2 à 6 minutes) mentionnent directement le changement climatique (constat). C’est 43 % pour M6.
  • CNews, Europe 1 et BFMTV ne le mentionnent que dans moins de 20 % de leurs séquences.

Par ailleurs, les causes du réchauffement climatique (énergies fossiles, gaz à effet de serre, émissions de CO₂…) sont particulièrement mises en avant par Arte, RFI, France Culture et France24.

Concernant la presse, plus de 60 % des articles traitant l’épisode caniculaire ont fait le lien avec le réchauffement climatique, mais seulement 20 % des articles ont mentionné les causes.

L’AFP, Le Monde, Le Nouvel Obs, Mediapart ou L’Humanité tirent leur épingle du jeu, avec plus de 80 % d’articles faisant le lien direct avec le changement climatique, et plus de 20% des articles mentionnant les causes concrètes de la crise climatique.

Adaptation : la climatisation au centre du débat, au détriment de l’isolation ou de la végétalisation

Comme lors des canicules 2025, et contrairement aux canicules de 2023, l’adaptation a repris une part relativement significative dans le débat médiatique en 2026.

Le sujet est significativement plus traitée par M6, TF1, France Info TV ou encore RTL (~ 50% des séquences mentionnent des solutions d’adaptation).

Mais de quelle adaptation parle-t-on ? Presque exclusivement individuelle : chercher de l’ombre, l’utilisation d’un ventilateur… ou aller à la piscine, solution très mise en avant par M6. Néanmoins, les solutions structurelles comme la rénovation thermique ou encore la végétalisation des villes (à l’exception d’Arte) restent très peu abordées. L’exception : la climatisation, très mise en lumière et plutôt abordée sous un angle collectif (climatiser les écoles, les hôpitaux…).

Désinformation climatique : la climatisation comme solution sans impact et la canicule banalisée

Plusieurs cas de mésinformation climatique ont émergé dans le débat médiatique autour de trois principaux narratifs :

  • La climatisation n’a pas d’impact négatif face au changement climatique, c’est une bonne solution d’adaptation.
  • La vague de chaleur n’est pas exceptionnelle.
  • L’origine humaine du réchauffement climatique est incertaine ou insignifiante.

“On est un des pays au monde où les ménages sont les moins équipés. Pourquoi ? Parce qu’on a une propagande médiatique qui dit que la clim c’est pas bien, que ça pollue encore plus. Dans Le Monde, je lui disais cette semaine, un article qui disait que si les ménages achetaient de la clim en France, ça allait augmenter le réchauffement climatique, ce qui est faux puisque nous avons une énergie décarbonée.”

Europe 1, Punchline, 28 mai 2026 vers 18h00

« J’ai du mal à comprendre l’emballement tout à coup autour des vagues de chaleur qui sont pas encore au-dessus de 40 degrés non plus. « Dans le Sud de la France, ces températures c’est vraiment quelque chose qui arrive régulièrement, les gens se sont adaptés et s’adaptent depuis très longtemps, et on n’a pas besoin de leur faire des tutoriels pour survivre en cas de forte chaleur. »

Geoffroy Lejeune sur CNews dans l’émission Punchline, 27 mai 2026 vers 17H13

Pendant cet épisode caniculaire nous avons effectué 5 saisines à l’Arcom pour manque de rigueur à l’information.

Des Unes qui font la différence

De nombreux titres ont dédiés leur Une à la canicule de mai 2026 et plusieurs se démarquent par leur angle particulier :

Le Parisien : “Climat, c’est la saison des complotistes”

Un choix éditorial fort, entièrement dédié au décryptage des propos climatosceptiques qui ont circulé sur les réseaux sociaux pendant l’épisode, ainsi qu’au différentes attaques subies par les présentateurs météo.

Ouest-France et Sud Ouest font le focus sur les solutions d’adaptation

Une de Sud-Ouest du 27 mai 2026

Sud-Ouest a adopté un angle original en explorant l’adaptation au réchauffement climatique à travers les métiers du quotidien : aide à domicile, boulanger, caviste, éleveur… Le dossier est complété par un article pédagogique qui distingue avec clarté vague de chaleur, canicule, dôme de chaleur et pic de chaleur — un effort de vulgarisation bienvenu.

Une de Ouest France

Ouest-France fait le focus sur les solutions mises en place par les écoles et logements, ainsi que sur la nécessité d’investissements pour leur rénovation. L’accent est également mis sur l’injustice subie par les mal-logés en période d’événement climatique extrême.

Une en quête de demain dédiée à l'adaptation au changement climatique

Le 3 juin, « En quête de demain », initiative portée par Sparknews fait également le focus sur l’adaptation. Le concept : proposer gratuitement un supplément dans 50 titres de la presse quotidienne régionale qui regroupe des articles traitant du sujet.

L’Humanité met la lumière sur l’inaction climatique

Le 27 mai, en plein pic de chaleur, L’Humanité consacre sa une au bilan environnemental des dix ans de mandat d’Emmanuel Macron et aux reculs qui les ont marqués.

Une mise en perspective qui manque trop souvent dans la couverture des crises climatiques : relier l’urgence du moment à ses causes structurelles.