Alors que 64 % des Français jugent la transition écologique trop lente, l’enquête inédite réalisée par Cluster 17 pour Droit à l’Info auprès de 5 009 personnes révèle la réceptivité aux narratifs de désinformation climatique d’une partie de la population en soutien à la transition. Au cœur de la bataille, le traitement de l’information par les médias traditionnels.
L’été caniculaire a profondément affecté les Français qui sont désormais 86% à considérer le changement climatique comme une menace. Derrière ce constat, l’enquête révèle des dynamiques jusque-là peu identifiées au sein de groupes favorables à accélérer la transition écologique.
Une désinformation qui convainc, au-delà des climatosceptiques
La désinformation climatique est particulièrement ancrée parmi la population la plus conservatrice affichant des positionnements identitaires. Ces observations rejoignent des travaux scientifiques parvenant aux mêmes conclusions (Sultan et al. , 2024).
Cependant, l’étude révèle une adhésion élevée à des narratifs de désinformation au-delà des publics climatosceptiques. Plusieurs narratifs critiques recueillent un soutien majoritaire, particulièrement chez certains publics en soutien de la transition écologique.
- « Les efforts de la France pour réduire ses émissions n’ont presque aucun effet sur le climat mondial si les grands pays pollueurs ne font pas de même » : 73% d’accord ;
- « Les politiques climatiques sont souvent décidées sans aucune étude préalable et sans savoir clairement quels seront leurs effets réels » : 55% d’accord ;
- « Les aides publiques aux énergies renouvelables coûtent beaucoup trop cher à l’État et aux contribuables » : 49% d’accord ;
- « À cause de la fabrication des batteries et de l’extraction des métaux, les voitures électriques polluent plus que les voitures thermiques ou hybrides » : 48,5% d’accord.
L’étude dessine une nouvelle carte de la désinformation. Celle-ci est passée des constats et la reconnaissance du changement climatique aux solutions pour y faire face. Les narratifs qui pénètrent le plus la population sont ceux qui impliquent directement les pouvoirs publics et les institutions. Ces observations convergent avec de nombreuses études scientifiques qui montrent que la défiance institutionnelle abaisse le niveau de preuves exigé pour adhérer à un narratif, fût-il faux. Loin d’être irrationnelle, cette défiance est le fruit d’inégalité s structurelles qui creusent un fossé entre les citoyens et l’information
Les médias traditionnels, porte d’entrée numéro un pour l’information notamment chez les publics les plus hésitants
L’étude bouscule une idée reçue : les réseaux sociaux ne sont pas le principal moteur de la désinformation. La responsabilité de la qualité de l’information climatique repose donc en premier lieu sur le traitement journalistique dans les médias traditionnels. 57% des Français citent encore la télévision comme source d’information la plus utilisée, loin devant les réseaux sociaux. L’analyse détaillée des environnements informationnels des répondants fait ressortir trois observations :
- Les sources expertes et institutionnelles, notamment l’audiovisuel public, structurent les rapports à l’information. 1 répondant sur 3 se réfèrent en priorité à ces sources, un chiffre qui monte à 1 répondant sur 2 parmi les personnes les plus en soutien de la transition et qui adhèrent le moins aux narratifs de désinformation.
- Les grands médias (TV, radio) demeurent les principales portes d’entrée vers l’information, notamment chez les publics les plus hésitants. Ceux -ci se tournent principalement vers les chaînes d’information en continu publique (FranceInfo) comme privées (LCI, BFMTV) et la presse nationale généraliste.
- L’utilisation des réseaux sociaux ne constitue pas en elle-même un indicateur de défiance ou de désinformation. Les réseaux sociaux sont une source d’information privilégiée pour 15% des personnes les plus perméables aux narratifs de désinformation et 16% des personnes les moins perméables à ces mêmes narratifs. Ce sont les sources qui comptent, pas le support.
Présidentielle : la nécessité de lutter contre la désinformation qui brouille le débat public
L’étude souligne le flou important qui entoure certains débats structurants pour le pays. Qu’il s’agisse de véhicules électriques, d’énergies renouvelables ou de modèle agricole, l’étude fait apparaître une opinion partagée adhérant parfois également au narratif de désinformation et son contraire.
Un tel constat est la conséquence, entre autres, de stratégies de désinformation délibérées. L’Observatoire des Médias sur l’Écologie a ainsi recensé 452 cas de mésinformation climatique dans les médias entre janvier et juillet 2026.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, l’étude rappelle l’importance d’anticiper les narratifs de désinformation. Les médias ont une responsabilité essentielle pour les recontextualiser, y faire rempart de façon explicite et laisser le contradictoire s’exprimer. Une information fiable est essentielle à l’exercice du droit à l’information des citoyens.
« 2027 mérite un débat public qui s’appuie sur des informations fiables. La désinformation brouille les repères et détourne l’attention des citoyens. La responsabilité des médias est entière. Ils peuvent compter sur Droit à l’Info pour mieux anticiper et end iguer la désinformation. »
Thibault Quéré
coordinateur de Droit à l’Info
Méthodologie de l’étude
Étude réalisée par internet selon la méthode CAWI auprès de 5009 personnes, interrogées à travers deux échantillons indépendants de 2503 et 2506 répondants représentatifs de la population. Les réponses ont été collectées en ligne du 23 au 29 juin 2026. Chaque échantillon a été interrogé sur la base d’une sélection de 10 narratifs de désinformations et 10 contre-narratifs issus du centre de ressources de Droit à l’Info, soit un total de 40 narratifs et contre-narratifs testés.
Droit à l’Info : désarmer la désinformation pendant la période électorale
Droit à l’Info diffuse des alertes comprenant un fact-check de référence lorsqu’un narratif de désinformation risque de se propager dans le débat public. Moins de 48h sépare la détection sur les médias ou les réseaux sociaux de l’alerte. Les journalistes sont invités à se saisir de ces outils pour augmenter leur vigilance et contribuer à endiguer la désinformation.
