QuotaClimat | Communiqué de presse

Incendies été 2026 : moins de 25 % des contenus médiatiques ont fait le lien avec le changement climatique

Cet été, le changement climatique n’a été mentionné que dans 16 % des séquences audiovisuelles et 25 % des articles de presse traitant des incendies, alors même que c’est un sujet qui a suscité une grande attention médiatique (le 27 juillet, les incendies sont évoqués en moyenne toutes les 1 min 30 d’information). Le lien entre changement climatique et aggravation des incendies est ainsi moins souvent établi que pour les vagues de chaleur (41 % des séquences audiovisuelles et 60 % des articles de presse ont fait le lien entre mai et juillet). Pour QuotaClimat, cette absence de mise en contexte est regrettable car les incendies auraient pu être une opportunité de prise de conscience écologique. Or, le traitement médiatique n’a pas permis de construire un récit mobilisateur dans ce sens.

Sur la base des données de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie, QuotaClimat livre son analyse du traitement médiatique des incendies entre le 1er juillet et le 31 août.

Les feux de Gironde, du Var et de Fontainebleau sous les projecteurs

La couverture médiatique des incendies est fortement marquée par les feux de Gironde et du Var  (les plus importants en termes d’hectares brûlés, 42 000 ha et 6 000 ha respectivement) : le 27 juillet, les médias parlaient d’incendies en moyenne une fois toutes les 1min30 d’information.

Par ailleurs, un pic de couverture a été consacré aux incendies de Fontainebleau, avec une mention en moyenne toutes les deux minutes d’information. Une fréquence similaire aux mentions concernant l’incendie dans l’Aude en 2025, malgré une ampleur bien moindre : 16 000 ha avaient brûlé dans l’Aude, contre environ 2 050 ha à Fontainebleau. Cette forte couverture peut notamment s’expliquer par la proximité de Paris, le feu ayant été largement médiatisé comme un incendie « aux portes de la capitale ».

La sécheresse et les causes directes des départs de feu plus médiatisées que le changement climatique

La sécheresse est la cause la plus fréquemment mise en avant par les médias pour expliquer les incendies. Elle est mentionnée dans 32,4 % des articles de presse écrite et dans 25,5 % des séquences audiovisuelles traitant des incendies.

Les causes directes des départs de feu (pyromanes, mégots, barbecues, foudre…) occupent la deuxième place. Dans l’audiovisuel, elles apparaissent dans 20 % des séquences des médias publics et 25 % de celles des médias privés. Dans la presse écrite, elles sont mentionnées dans 24 % des articles en moyenne.

Le service public recontextualise davantage que les médias privés. LCI en tête des chaînes d’information en continu en matière de recontextualisation.

Les médias audiovisuels ont fait en moyenne le lien entre incendies et changement climatique dans 16 % des séquences. A titre de comparaison, le lien entre changement climatique et vagues de chaleur avait été réalisé dans 41 % des séquences entre mai et juillet.

Le contraste est particulièrement marqué entre médias de service public et médias privés :

  • Arte est la chaîne qui fait le plus le lien (54 % des séquences consacrées aux incendies). France Culture et RFI suivent, avec environ 30 % de leurs séquences faisant référence au changement climatique.
  • Du côté des chaînes d’information en continu, LCI mentionne le changement climatique dans environ 17 % des séquences consacrées aux incendies, davantage que Franceinfo TV (14,7 %) et plus du double de BFMTV et CNews (autour de 8 %).

Par ailleurs, le service public relaie davantage la voix des scientifiques en mentionnant des termes comme climatologues, experts du climat ou encore le GIEC. LCI est le média privé qui fait le plus de mentions (12,6 % des séquences liées aux incendies).

« Les travaux de l’anthropologue Élise Boutié montrent que lorsque les incendies ne sont pas reliés au changement climatique, ils n’interrogent pas nos modes de vie ni les facteurs structurels qui aggravent ces catastrophes. En conséquence, leur mémoire s’efface rapidement ce qui ne favorise pas d’action collective. Les médias ont donc une responsabilité majeure : donner les clés pour comprendre pourquoi les feux prennent une telle ampleur, et pas seulement en raconter les conséquences ou les réponses d’urgence. »

Eva Morel, secrétaire générale de QuotaClimat

La presse nationale fait deux fois plus le lien avec le changement climatique que la presse régionale

25 % des articles de presse ont fait le lien entre incendies et changement climatique. À titre de comparaison, plus de 60 % des articles consacrés aux vagues de chaleur de mai-juillet faisaient ce lien.

Le contraste entre la presse nationale et régionale est particulièrement marqué : les titres de la presse régionale ne mentionnent le changement climatique que dans 19 % des articles dédiés aux incendies, contre 40,5 % pour la presse nationale.

Certains titres se distinguent toutefois par une contextualisation plus poussée. Le Monde, Le Nouvel Obs et La Tribune font ainsi plus fréquemment le lien entre les incendies, le changement climatique et les causes qui contribuent à l’aggravation du phénomène.

Les solutions curatives plus médiatisées que les solutions préventives

Les secours et les moyens de lutte contre les incendies sont de loin les solutions les plus mentionnées dans les médias audiovisuels : ils apparaissent dans 78 % des séquences et dans 62,5 % des articles de presse écrite.

Cette forte présence s’explique notamment par la couverture des opérations de secours et des moyens mobilisés, largement illustrée par des images spectaculaires dans les JT. Les tensions autour des effectifs, des moyens aériens ou des capacités d’intervention locales ont également nourri les débats politiques sur la réponse aux incendies.

La presse écrite aborde une plus grande diversité de solutions que l’audiovisuel, notamment la gestion du combustible (pare-feu, débroussaillage), la gouvernance (interdictions, arrêtés) et la restauration des milieux (diversification des essences, zones humides).

L’atténuation du changement climatique est la grande absente de cette couverture des solutions face aux incendies : seulement 1,8 % des séquences/articles en moyenne. De même, la gestion du milieu (adaptation des forêts, des essences…) n’a représenté que 4,6 % du temps d’antenne et 6,9 % des articles de presse.

Ainsi, les solutions curatives ont représenté en moyenne 41 % du temps d’antenne, contre 5 % pour les solutions préventives.