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Pluralisme et rigueur de l’information : QuotaClimat et la Fondation Jean-Jaurès révèlent comment CNews transforme l’environnement en un sujet polarisant ; l’Arcom est saisie

75 heures de séquences consacrées à l’environnement sur les quatre chaînes d’information en continu en juillet 2025 ont été analysées. Le constat est sans appel : sur CNews, les enjeux environnementaux font l’objet d’une couverture particulièrement faible, d’un nombre élevé de cas de mésinformation climatique, d’une surreprésentation des controverses et d’un traitement univoque de plusieurs d’entre-elles : aucune opinion contre la loi Duplomb n’a été diffusée en un mois.

Ces éléments constituent un faisceau d’indices d’un déséquilibre manifeste et durable du pluralisme des courants de pensée et d’opinion, ainsi que d’un manquement à l’exigence d’honnêteté de l’information. QuotaClimat saisit l’Arcom selon une approche inédite de la mesure du pluralisme – appliquée à une thématique.

Le 13 février 2024, saisi par Reporters sans Frontières (RSF), le Conseil d’Etat a jugé que le respect du pluralisme devait s’apprécier sur l’ensemble des programmes, au-delà du seul temps de parole politique. L’Arcom en a précisé en juillet 2024 les nouveaux critères : la variété des sujets, la diversité des intervenants et l’expression d’une pluralité des points de vue. QuotaClimat et la Fondation Jean-Jaurès appliquent pour la première fois cette grille au traitement des enjeux environnementaux sur les quatre chaînes d’information en continu (BFMTV, CNews, franceinfo et LCI), pendant le mois de juillet 2025. Cette analyse démontre que le droit existant n’est pas appliqué et que le débat sur l’environnement n’est pas pluraliste sur CNews.

Sur CNews, l’environnement est largement sous-représenté

Sur l’ensemble de l’année 2025, CNews est la chaîne d’information en continu qui a le moins couvert les enjeux environnementaux. En moyenne, elle y consacre 2% de son temps d’antenne, contre 2,8% pour LCI, 4% pour BFMTV et 4,9% pour franceinfo. CNews occupe cette dernière place 11 mois sur 12, ce qui témoigne d’une sous-représentation structurelle et persistante des enjeux environnementaux à l’antenne.

Et lorsqu’il est abordé, c’est sous l’angle de la controverse, sans diversité de points de vue

Sur CNews, 69% des séquences consacrées à l’environnement en juillet 2025 sont traitées sous l’angle d’une question prêtant à controverse. C’est deux fois plus que sur LCI et franceinfo (34 %) et près de quatre fois plus que sur BFMTV (18%).

Six questions ont été identifiées sur la période analysée : (1) la place du nucléaire dans le mix énergétique, (2) celle des énergies renouvelables, (3) le rôle de la climatisation dans la politique d’adaptation nationale, (4) la place des ZFE dans la réduction de la pollution de l’air, (5) la suppression de l’interdiction de la vente de voitures thermiques neuves à horizon 2035, et (6) l’adoption de la loi Duplomb.

Les différents points de vue exprimés ont été quantifiés, en cohérence avec la délibération de l’Arcom qui  prête une attention particulière au traitement des questions prêtant à controverse. L’analyse démontre que leur traitement ne s’accompagne pas systématiquement d’un débat contradictoire :

  • Le cas de la loi Duplomb est le plus significatif. En juillet 2025, le texte a suscité un débat public intense et mobilisé des positions fortes de tous bords. Sur CNews, aucun point de vue défavorable au texte n’a été exprimé au cours de la période étudiée. Les autres chaînes d’information en continu ont couvert ce sujet de manière pluraliste en assurant un meilleur équilibre des opinions exprimées à l’antenne à la fois favorables, opposées et nuancées.
  • Les énergies renouvelables font également l’objet d’un traitement déséquilibré sur CNews : les opinions défavorables dominent largement, tandis que le point de vue favorable à leur faire une place dans le mix énergétique y est le moins représenté des quatre chaînes

Avec un nombre record de cas de mésinformation climatique de la part des chroniqueurs ou des journalistes

Au-delà du pluralisme, les éditeurs sont tenus à une exigence d’honnêteté et de rigueur de l’information. Or, en juillet 2025, CNews concentre à elle seule 63 cas de mésinformation climatique, soit 64% de l’ensemble des cas détectés sur les quatre chaînes (18 pour LCI, 11 pour Franceinfo TV et 6 pour BFMTV). Chaque cas correspond à un propos faux ou trompeur diffusé sans être contredit à l’antenne.

Rapporté au temps de couverture du changement climatique, l’écart se confirme : la fréquence des cas s’établit à 3,4 cas par heure d’information sur le changement climatique sur CNews (contre 0,8 sur LCI, 0,3 sur franceinfo et 0,1 sur BFMTV). 67% de ces cas sont énoncés par des journalistes ou des chroniqueurs.

QuotaClimat saisit l’Arcom pour manquements de CNews à ses obligations

CNews a été mise en demeure par l’Arcom en juin 2026 pour manquement au pluralisme et sanctionnée en 2024 pour diffusion de propos climatosceptiques non contredits, une sanction confirmée par le Conseil d’Etat. 

Alors que l’élection présidentielle de 2027 approche, QuotaClimat demande à l’Arcom de mettre CNews en demeure pour manquement aux exigences de pluralisme des courants de pensée et d’honnêteté de l’information.

«  Le pluralisme dans les médias constitue un pilier essentiel du fonctionnement démocratique. En réduisant la diversité des points de vue tout en donnant parfois une visibilité excessive à des positions qui contestent les faits établis, CNews fragilise à la fois le débat démocratique et la capacité collective à agir, compromettant ainsi la transition écologique. »

Théodore Tallent

Chercheur en science politique, codirecteur de l’Observatoire de l’urgence écologique et sociale de la Fondation Jean-Jaurès

« La loi est censée garantir le pluralisme des courants de pensée et d'opinion à l'antenne. Or, sur l’environnement, les manquements révélés dans cette étude démontrent que nous sommes loin du compte. À quelques mois de la présidentielle, ce constat doit servir de signal d'alerte et provoquer un sursaut du régulateur pour que le droit soit appliqué. »

Célie Caraty

Chargée de plaidoyer France chez QuotaClimat